mercredi 28 octobre 2009


Comment est né le projet " Farilu"



Expo "Folon"

D’aussi loin que ma mémoire se souvienne, je les ai toujours connus. Elle, habillée de son immanquable trench blanc devenu gris avec le temps, lui accroché à son bras, plié en 2 par l’handicap et n'ayant comme seul autre appui que cette futile canne.

50 ans déjà que quotidiennement, je les croise en promenade, l’une aidant l’autre à ce que, timidement, les pieds acceptent d’être chacun l’un devant l’autre et ce à tour de rôle.

Ils habitent une petite maison blanche à la limite du pays de Permeke, mais encore sur le territoire, arboré de pastels, tant aimé par Jean-Michel Folon.

La façade est triste, les tentures sont devenues comme l’imperméable et le petit jardinet arbore fièrement quelques nains de jardin aux chapeaux délavés et aux sourires tagués par de jeunes « artistes ».

Point de voiture pour eux deux, la marche... encore et toujours. Par tout temps, les bottes en caoutchouc sont de mise. Le fichu en plastique transparent protège ses cheveux gris qui jamais n’ont connu d’autre teinte. Lui se protège d’une casquette matelassée aux rabats couvrant ses oreilles.

Ils semblent tout deux figés, depuis la nuit de mes souvenirs, immuablement accrochés l’un à l’autre sans mot dire. A mes bonjours, seul un regard triste de la petite dame me répond. Lui continue imperturbablement à admirer le sol ou ses bottes ou le macadam, que sais-je.

Point d’amis. Si famille il y a, elle est aussi discrète que la marmotte en hiver.

Ce matin et pour la première fois depuis ces longues années, nous nous sommes retrouvés ensemble dans la petite épicerie du coin, celle de Madame Irma. Dans ses rayons, des produits d’un autre âge comme de la térébenthine ou encore de l’amidon en jolis cubes estampillés Soubry.

Par politesse j’ai lancé un "Bonjour Madame, bonjour Monsieur", avec comme tout espoir de retour ce regard perdu et éperdu.

Et pour la toute première fois, j’ai entendu la voix, mâle, disant à cette dame âgée, en un français haché: "Maman, j’ai faim".

50 ans donc que j’imaginais que ces personnes étaient un couple.
50 ans que cette dame, maman de son état, s’occupe en permanence de son fils handicapé.
50 ans que je me dis qu’ils ne sont vraiment pas polis les gens de la petite maison.
50 ans que l’indifférence m’indiffère !

Voilà donc tout d'une vie prêtée à un fils ; voilà tout des bonheurs souhaités, espérés, et à jamais ignorés ; voilà une famille à jamais non composée. Voici l’abnégation d’une maman pour son fils au cerveau mutilé par une erreur de la nature.

Tout ceci ne peut que nous renforcer dans notre souhait et notre besoin de permettre aux enfants du JEST de se développer grâce au projet Farilu, d’apporter aux parents de ces enfants une loupiotte éclairant un tant soit peu l’avenir de leur jeune pour que le pain, qui traditionnellement est rompu et partagé, leur serve de lien et de développement serein.

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